RDC: Pourquoi vaut-il la peine de négocier avec les ADF avant « la dernière attaque »

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Ma réflexion sur « En vertu de la Realtpolitiik, négociez avec les ADF avant “la dernière attaque”» a suscité diverses réactions qui concourent à nourrir le débat démocratique dans notre pays. Ce dont je remercie vivement Actualite.cd qui nous en offre le cadre et l’heureuse opportunité. Je tiens à poursuivre cette réflexion, que j’inscris essentiellement dans l’ordre patriotique, en explicitant ma pensée.  

Les ADF ne sont plus une organisation ougandaise 

En effet, contrairement à l’idée répandue dans l’opinion congolaise, les ADF relèvent, depuis quelques années, d’une organisation multinationale au sein de laquelle l’on trouve des Ougandais, Rwandais, Burundais, Tanzaniens, Sud Africains, RD Congolais, etc. Le commandement de cette organisation n’est plus à ce jour essentiellement ougandais. Il est donc capital de prendre assez en charge, dans l’analyse, cette mutation fonctionnelle des ADF qui ne sont plus, à vrai dire, une rébellion ougandaise. Des Congolais, qui y opèrent, leur offrent des services tactiques notamment de relais. 

C’est ainsi que d’aucuns à Béni disent reconnaître leurs bourreaux opérant sous le label des ADF, vivant dans ce territoire ou dans la périphérie. Au fond, c’est l’image de la RDC qui en pâtit car l’objectif poursuivi semble consister, dans la guerre de communication, à maintenir le pays dans la conception répandue de « trou noir » pour y favoriser l’ingouvernabilité à l’effet de l’obtention des intérêts périphériques. 
Dès lors, les opérations militaires pourraient participer à renforcer la stratégie des ADF, voire à les conforter, si la marge du succès est encore moindre. Le plus difficile est de s’assurer que, dans la tactique envisagée, le résultat escompté sera atteint. La dernière attaque n’exclut donc pas les négociations. Car, « la fin justifie les moyens ».

La nouvelle dynamique géopolitique régionale   

La transition politique (alternance pacifique) en RDC a donné lieu à une nouvelle dynamique géopolitique dans la Région qu’il faille consolider au bénéfice de la sécurité dans l’Est du pays. En effet, les ADF étant une organisation multinationale, il est impérieux qu’une coalition des pays « censés être concernés dans la lutte à engager » soit constituée avec le concours d’au moins une puissance mondiale pour autant qu’il s’agit d”exterminer” les ADF. Mais des précautions s’imposent dans l’harmonisation des politiques des parties prenantes pour s’assurer que la RDC ne sera pas victime de sa “bonne foi”. Car il est géopolitiquement compréhensible que tous les pays ne voient pas de bon œil le redressement de la RDC, et en fassent obstruction en jouant à la duplicité. 

Car il est évident que les ADF bénéficient des appuis étatiques, y compris dans la sous-région et ailleurs, qu’il faille gérer préalablement, notamment par la négociation. Il y va de la maîtrise des dessous de carte des ADF, réalité à ne pas prendre au premier degré. Il faille donc travailler méticuleusement pour conforter le gain géopolitique de l’alternance politique et en assurer l’extension sur le plan sécuritaire.

Nécessité d’économiser les ressources financières  

Le Chef de l’Etat a été élu sur base d’un projet de société dont la mise en exécution requiert plusieurs milliards de dollars américains. En attendant d’en mobiliser des nouvelles, il faut faire un usage rigoureux des ressources financières disponibles. La « Commission Défense nationale » du Parlement (Chambres haute et basse) pourrait s’intéresser, dans un contexte de promotion de la bonne gouvernance et de la transparence, au coût des opérations militaires d’hier et d’aujourd’hui. 

Des spécialistes évaluent à au moins 1,6 milliards de dollars américains les opérations militaires contre les ADF depuis fin 2015. Quel en est le résultat ? Doit-on continuer sur cette voie? Sans y renoncer, ne serait-il pas plausible de recourir aussi à la négociation ? A moins d’être suffisamment assuré que, cette fois-ci, “les ADF seront (complètement) exterminées”. Je m’interdis de questionner la capacité de la RDC de mener des « frappes chirurgicales » pour épargner les populations civiles des effets collatéraux.

Figurations géopolitiques de l’Afghanistan comparées à celles de Beni 

Du point de vue géopolitique, la notion de souveraineté n’a qu’une très faible portée. Il y a donc lieu de prendre assez en compte la relativisation des considérations juridiques. L’enjeu est de dégager la signifiance des espaces tant internes qu’externes par rapport à la sécurité d’un (ou des) acteur(s) en présence et de la capacité de ce(s) dernier(s) de l’assumer. Ainsi, l’Afghanistan est géopolitiquement un espace à la fois critique et stratégique pour les USA qui y sont intimement liés depuis la Guerre froide et, surtout, « les attentats du 11 septembre ». 

Il revient à dire que, du point de vue géopolitique, l’Afghanistan est un espace étroitement rattaché à la sécurité intérieure des USA. Cela notamment dans un contexte marqué par l’émergence d’un nouvel ennemi mondial baptisé sous le label de “terrorisme international” soutenu par les Talibans afghans. C’est à ce titre qu’il est pertinent de comparer la stratégie américaine face aux Talibans afghans à la stratégie congolaise contre les ADF, du reste une organisation multinationale. 

Malgré leur très haut niveau de puissance militaire et financière, les USA sous l’intraitable Donald Trump ont préconisé les négociations avec les Talibans afghans conviés sur le territoire américain. Quelle expression de flexibilité même si, contexte préélectoral oblige, les calculs stratégiques de l’heure ont astreint à l’annulation de ce rendez-vous annoncé dans les médias par le Premier citoyen américain ? La RDC, qui est dans un contexte postélectoral concernant la présidentielle, aurait-elle si tort de tenter de négocier avec les ADF avant la “dernière attaque” en cours de planification ? 

Il est utile de maximiser les moyens du succès sans perdre de vue la nécessité de construire les postures stratégiques à faire valoir au cas où le résultat ne serait pas atteint dans le délai prévu. L’opinion publique est, par essence, versatile. La prudence s’impose au décideur, y compris au niveau communicationnel.    

 JC MWENU K.



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