Corée du Sud : des suicides en série chez les stars de la K-pop

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C’est une nouvelle vague d’émotion après celle que l’on a pu observer dans la communauté des fans de musique en Corée du Sud ces derniers mois : à quelques semaines d’intervalle, les chanteuses Sulli et Goo Hara, toutes deux victimes de cyberharcèlement, se sont suicidées. Et la semaine dernière, c’est le chanteur et acteur Cha In-ha, 27 ans, qui a été retrouvé mort.

Même si la famille a refusé l’autopsie, pour ses fans, ses antécédents psychiatriques laissent peu de doute sur la cause de sa mort. Ces tragédies ont lancé un débat sur la dureté de l’industrie de la K-pop, et la pression que ses stars subissent au quotidien.

«Survivants»

«Les stars de K-pop sont repérées à un très jeune âge par les agences de talents, raconte Gyu Tag Lee, professeur à l’université Mason à Icheon, joint par téléphone. A partir de ce moment-là, ils reçoivent un entraînement très intense, des cours de danse et de chant, qu’ils doivent suivre tous les jours après l’école. Ils sont soumis à un régime particulier, leur vie sociale est scrutée…» Tous les mois, ils passent des tests pour savoir s’ils sont à même de continuer leur entraînement, ou si leur carrière s’arrête. Et ce n’est que le début d’une vie de pression qui va en gradation.

Pour ceux que Gyu Tag Lee appelle les «survivants» de cet entraînement qui dure plusieurs années, il est très dur de conserver une carrière. Des centaines de groupes et de stars naissent et disparaissent chaque année. «Il y a une compétition hargneuse entre les stars de K-pop pour s’arracher l’amour de leur public, reprend le spécialiste. C’est lui qui fait et défait une star, et il n’est pas indulgent.» De plus, si elles échouent, elles doivent rembourser l’argent que leurs agences ont investi dans leurs carrières. 

«Harcèlement misogyne»

«La communauté de la K-pop est très particulière, explique Gyu Tag Lee. Les stars partagent beaucoup avec leurs fans, notamment à travers les réseaux sociaux, où l’on attend d’elles qu’elles montrent un maximum de leur vie privée, qu’elles interagissent et montrent de la bienveillance et de la douceur.» Au-delà de leur talent, c’est cette implication qui les propulsera au-devant de la scène. «Les fans de K-pop sont très fiers de soutenir leurs idoles. Ils considèrent qu’ils participent activement, comme par une forme de travail non rémunéré, à la création de leur célébrité. En échange, ils s’attendent à un certain comportement de leur part.»

Et cette attitude doit être irréprochable, surtout pour les femmes. «Beaucoup d’entre elles subissent des harcèlements misogynes, en plus de la pression liée à leur statut», ajoute le professeur. Sulli, par exemple, était devenue une cible sur les réseaux, notamment parce qu’elle avait posté une photo d’elle sans soutien-gorge et se revendiquait féministe. Goo Hara, de son côté, était cyberharcelée depuis qu’elle avait révélé être victime de «revenge porn» : son ex-petit ami l’avait menacée de publier des vidéos d’actes sexuels. Toutes les deux ont mis fin à leurs jours, après avoir laissé un message d’adieu sur Instagram. 

Un post Instagram de Sulli, où elle s’affiche sans soutien-gorge avec un tee-shirt féministe, qui a déclenché un cyberharcèlement sur les réseaux sociaux. Elle s’est suicidée en octobre. Photo DR 

Stress et dépression

Au-delà de l’industrie de la musique, ces tragédies traduisent un problème plus global en Corée du Sud où le suicide est la première cause de décès chez les moins de 40 ans, selon un rapport publié en septembre par Statistique Corée (Kostat). Il s’agit du quatrième taux le plus élevé au monde.

Selon Gyu Tag Lee, «ces morts montrent le côté sombre de la Corée dans son ensemble. Son développement économique très rapide a fait que la santé mentale des habitants a été mise de côté, au profit de leur contribution à la société.» Ce n’est qu’en 2018 que la semaine de travail est officiellement officiellement passée de 68 heures à 52 heures. Les jeunes sont particulièrement touchés, à cause des difficultés économiques auxquelles le pays fait face depuis les années 2000. 

D’après un organisme de santé publique à Osong, 95% des Coréens affirment être stressés, et 7% sont touchés par la dépression. Ce nombre, plus important chez les personnes de plus de 50 ans, est en augmentation régulière depuis le début du siècle.

Même si ces chiffres peuvent paraître alarmants, de plus en plus de Coréens vont consulter un thérapeute lorsqu’ils montrent des signes de dépression : Kyooseob Ha, directeur du Centre national de santé mentale en Corée, fait remarquer au magazine Ozy que le chiffre de patients a bondi de 5% à 20% ces cinq dernières années. «Le gouvernement a pris la mesure de l’importance de la prévention contre le suicide», explique-t-il, et de plus en plus de moyens sont mis en place pour lutter contre l’épidémie.


Eva-Luna Tholance





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