Au Liban, un gouvernement après trois mois de vacance

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Au bord de l’effondrement, le Liban est quand même représenté à Davos, où s’est ouvert mardi le Forum économique mondial, par Gebran Bassil, une des personnalités politiques les plus controversées du pays. Ministre des Affaire étrangères du gouvernement démissionnaire, il est surtout à la tête du Courant patriotique libre, parti du président Michel Aoun, son beau-père. Les contestataires libanais ont lancé une campagne pour dénoncer la participation de celui qu’ils qualifient de «ministre illégitime» au Forum. «Inviter Gebran Bassil à s’exprimer sur les soulèvements dans le monde arabe, c’est inviter un pyromane à un panel sur la lutte contre les incendies», écrit un internaute, en référence à un débat programmé jeudi.

Equilibre

La présence de Bassil à un événement international mondain et son absence, donc, en ce moment critique au Liban illustre la déconnexion des dirigeants. Le Courant patriotique libre est en effet depuis mardi soir l’un des composants du futur gouvernement libanais qui tardait à voir le jour. Désigné le 19 décembre, le Premier ministre, Hassan Diab, a largement peiné à composer son équipe. Choisi pour sa proximité avec le Hezbollah, l’universitaire sunnite a subi les pressions du parti dominant et de l’alliance dite du 8 mars, formée par le mouvement chiite avec le Courant de Bassil et d’autres petits partis prosyriens. Les tractations et les réunions se sont poursuivies à Beyrouth entre hommes politiques Hezbollah-compatibles, pour un gouvernement qui devrait finalement compter une vingtaine de membres, afin que toutes les communautés libanaises y soient représentées. L’équipe de technocrates que les manifestants réclamaient désespérément depuis des semaines doit tout de même respecter la répartition et l’équilibre traditionnel des postes.

Chaque ministre est donc choisi en premier lieu pour son appartenance, chiite, catholique, druze ou sunnite. «Le blocage dure depuis quatre-vingt-dix jours et le pays sombre dans l’inconnu, tandis que ceux chargés de former le gouvernement prennent leur temps à discuter du sexe du gouvernement», tweetait encore mardi l’ancien Premier ministre Saad Hariri, dont l’équipe démissionnaire ne gérait même plus les affaires courantes.

Et si la vacance du pouvoir n’a rien d’exceptionnel au Liban, qui a déjà survécu des mois sans gouvernement et même sans président de la République, l’urgence est ailleurs aujourd’hui pour Hassan Diab et son équipe. Mardi soir, le Premier ministre a assuré travailler à répondre aux demandes des manifestants. La contestation populaire, qui a commencé le 17 octobre, a précipité une crise économico-financière inédite dans un pays surendetté, au bord de la banqueroute. La livre libanaise a perdu 30 % de sa valeur face au dollar et les prix des produits de consommation ont augmenté de 40 %, tandis que la Banque mondiale prévoit que plus de 50 % des Libanais passeront sous le seuil de pauvreté d’ici deux mois.

«Incompétence»

«Il est clair que les politiques ne sont pas concernés par les souffrances de la population. Elle seule ressent l’urgence de la situation à cause de son pouvoir d’achat qui dégringole, des salaires en livres libanaises qui perdent de leur valeur tous les jours face au dollar», note Ziad Majed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Paris. «Ce qui est lamentable, c’est que la situation ne change rien aux marchandages et aux calculs politiciens traditionnels dans le cadre d’une formation de gouvernement», poursuit l’universitaire libanais. Le retard qui se poursuit ne fait qu’aggraver la situation socio-économique, ce qui complique davantage la tâche de tout futur gouvernement. «La crainte des responsabilités, si les choses s’aggravent, s’ajoute à l’incompétence véritable de la classe politique», estime Ziad Majed.

Le «miracle libanais», qui depuis des décennies a permis au pays de survivre et rebondir face à toutes les crises, ne semble pas opérer cette fois-ci. D’autant que les amis occidentaux ou arabes qui ont soutenu le Liban politiquement et / ou financièrement ne se manifestent pas. «Les dirigeants gardent l’illusion que le monde ne lâchera pas le Liban, explique Ziad Majed. Mais cette fois, c’est totalement irréaliste, parce que ni les Occidentaux ni les pays du Golfe ne sont disposés à voler au secours d’un pays que ses dirigeants ont enfoncé dans le désastre.» 


Hala Kodmani





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